Recherche vocale et Google : passé, présent et avenir
De la reconnaissance des chiffres aux disfluences verbales intentionnelles, _et bien au-delà_.
Même si les recherches et l’invention d’appareils capables de reconnaître la voix remontent à 1877, la première véritable avancée date sans doute de 1952, avec Audrey, le Speech Recognition System de Bell Labs. Si Audrey ne pouvait comprendre que les chiffres de 0 à 9, « elle » n’en restait pas moins le premier exemple connu de machine capable de comprendre la parole (et ce avec un taux de précision impressionnant de 97 %, chapeau !)
Il n’a fallu qu’une décennie de plus pour qu’IBM conçoive, en 1962, une machine capable de comprendre d’autres mots que de simples chiffres (10 des 16 mots reconnus par Shoebox étaient des nombres, mais quand même). La prouesse de Shoebox résidait dans le fait qu’elle ne se contentait pas de comprendre des entrées vocales, mais pouvait aussi traiter la parole pour exécuter des opérations. Un opérateur pouvait dicter des chiffres et des commandes comme « Trois plus deux plus 1 moins quatre, total », et Shoebox imprimait la réponse exacte : 2.
Shoebox d’IBM
(Source)
C’est ainsi qu’a débuté une formidable lignée d’innovations qui nous a menés aux assistants vocaux d’aujourd’hui comme Siri, Cortana et consorts. Et bien sûr, Google Assistant.
Google et l'histoire de la voix dans la tech
Les progrès de Google en matière de recherche vocale au cours des dernières années ont été tout simplement phénoménaux. Et même si la plupart des gens pensent que l’arrivée de Google sur le marché de la recherche vocale s’est faite avec Google Assistant en 2016, ce n’est pas tout à fait vrai. Pour comprendre les débuts de Google, il faut remonter jusqu’en 2007, avec l’invention de GOOG-411.
D’ailleurs, pourquoi ne pas remonter encore un peu plus loin tant qu’on y est (puisque cet article ressemble déjà à un cours d’histoire) ? La communication, nous le savons tous, fonctionne dans les deux sens : il ne s’agit pas seulement d’écouter, mais aussi de parler. Pour découvrir quand les machines ont appris à « parler », faisons un court détour par l’année 1769.
La machine parlante de Wolfgang von Kempelen a été le premier exemple connu de machine capable de nous parler — une invention qui a coûté à von Kempelen près de 20 ans de sa vie. Ce n’est que près de 70 ans plus tard que le Voder de Bell Labs a vu le jour, ouvrant la voie aux premiers synthétiseurs vocaux électroniques.
Une réplique de la machine parlante de Kempelen (Source)
La reconnaissance vocale gagnant en popularité et des appareils comme Shoebox stimulant la recherche, la science a fait des pas de géant au cours des 50 années suivantes dans ce domaine. La reconnaissance vocale s’est invitée dans les foyers en 1987 avec Julie, une poupée parlante interactive capable de comprendre des commandes vocales et de vous répondre. Par la suite, les deux décennies suivantes ont été marquées par une vague d’inventions permettant de dicter des textes à des ordinateurs ou de leur donner des ordres pour exécuter des tâches.
C’est précisément à la fin de ces deux décennies que Google est entré sur le marché avec GOOG-411, en apparence très en retard par rapport aux autres géants de la tech. Google n’était encore pour l’essentiel qu’un moteur de recherche à l’époque, et GOOG-411 apportait la puissance de la recherche en ligne directement sur les téléphones.
Pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, GOOG-411 était un service téléphonique lancé en 2007 qui permettait aux utilisateurs d’effectuer des recherches locales par la voix depuis leur téléphone. Il suffisait de composer le numéro gratuit 800-466-4411 (800-GOOG-411, d’où son nom) et d’indiquer le nom de sa ville, de son État et une catégorie d’entreprise. Google renvoyait alors des résultats de recherche comportant jusqu’à huit établissements parmi lesquels choisir.
Aujourd’hui, cela peut sembler rudimentaire, même selon les critères de 2007, mais la suite des événements s’est révélée totalement inattendue.
Le service GOOG-411, comme les utilisateurs allaient vite le découvrir, n’a visiblement jamais eu vocation à devenir une activité pérenne. Il ne s’agissait que d’un moyen pour Google de constituer une base de données de phonèmes afin d’aider le géant à concevoir un logiciel de synthèse vocale et de retranscription robuste (eh oui, rien que ça !)
Un an à peine après le lancement de l’iPhone en 2007, Google s’est servi de cette base de données pour intégrer la reconnaissance vocale aux téléphones en créant l’application Voice Search pour iPhone. Ce fut l’une des toutes premières apparitions de la reconnaissance vocale sur des appareils grand public, et sans conteste le premier exemple de « recherche vocale » telle que nous la connaissons. Depuis, Google n’a cessé d’apporter des améliorations progressives à son moteur de recherche vocale. Et comme il avait rempli sa mission, Google a fermé GOOG-411 en 2010.
Il n’a cependant fallu qu’une année de plus pour que la prochaine grande innovation sur le marché des smartphones prenne le monde d’assaut. L’année 2011 a vu l’arrivée de Siri sur l’iPhone, ouvrant un tout nouveau marché qui allait rapidement s’étoffer.
L'univers des assistants vocaux
(Source)
Le lancement de Siri a marqué un tournant : pour la première fois, vous pouviez non seulement parler à un smartphone, mais aussi dialoguer avec lui. Siri pouvait vous aider à accomplir des tâches par la simple voix et vous donnait les réponses à vos questions de vive « voix ».
Cette avancée a fait grand bruit sur le marché des smartphones, et Siri n’a quasiment eu aucun concurrent pendant un bon moment. Android, le système d’exploitation de Google, a lancé Google Now en 2012, et même s’il a nettement amélioré l’expérience utilisateur des smartphones Android, l’expérience n’était pas la même sans véritable interaction conversationnelle. Siri a monopolisé le marché des assistants vocaux, et Apple n’a pas tardé à intégrer cette fonctionnalité à ses ordinateurs.
Une autre année s’est écoulée avant que d’autres géants ne fassent leur entrée dans le domaine des assistants vocaux, avec le lancement de Cortana par Microsoft. Un an plus tard, Amazon dévoilait Alexa. En 2015, Siri, Cortana et Alexa montaient en puissance, tandis que Google semblait aux abonnés absents.
Enfin, en 2016, Google a annoncé Google Assistant. Tout comme Siri, Google Assistant était intégré directement au smartphone, avec une puissance décuplée par son intégration native à Android et par les parts de marché déjà considérables de ce dernier. Et son principal atout était de permettre une véritable conversation avec votre téléphone, exactement comme Siri.
Même si Google Assistant est arrivé un peu tard, son succès a été fulgurant. En 2017, Google Assistant était installé sur plus de 400 millions d’appareils. Peu après, Google Assistant a acquis la réputation d’être l’assistant vocal le plus avancé selon plusieurs YouTubers et experts tech.
En un rien de temps, Google a également rivalisé avec Alexa et la gamme Echo d’Amazon pour décrocher la première place sur le marché des enceintes connectées grâce à Google Home. Depuis, Apple s’est aussi positionné sur ce segment avec le lancement du Apple HomePod.
Google et la recherche vocale aujourd'hui
Aujourd’hui, plus d’un milliard d’appareils mettent l’assistance vocale à la disposition des utilisateurs. Si Siri reste l’assistant vocal le plus utilisé sur smartphone et Alexa l’enceinte connectée la plus populaire, Google Assistant le suit de très près dans la plupart des catégories.
Mais ce n’est pas ce qui distingue vraiment Google aujourd’hui. Bien que l’entreprise domine largement le marché de la recherche vocale et des assistants intelligents, c’est ce qui s’est passé lors de la dernière conférence Google I/O qui a véritablement stupéfié le monde entier.
Le 8 mai 2018, le PDG de Google, Sundar Pichai, a dévoilé un aperçu exclusif de la toute dernière innovation de son assistant vocal : Google Duplex. La démo présentait l’enregistrement d’une situation réelle où Google Assistant passait un appel téléphonique à un commerce local — et ne s’arrêtait pas là. Google Assistant a tenu une véritable conversation avec l’employé pour réserver un créneau dans un salon de coiffure pour le compte de son propriétaire, sans la moindre intervention humaine. Mieux encore : Google Assistant a glissé délibérément des hésitations naturelles comme des « heu » ou des « ah » et des intonations bluffantes, le rendant totalement indiscernable d’un être humain. Regardez par vous-même si vous ne l’avez pas encore vu.
Google Assistant passe des appels
Google Assistant va bientôt pouvoir passer de véritables appels téléphoniques pour vous.
Publié par Circuit Breaker le mardi 8 mai 2018
Avouez que c’est l’une des prouesses technologiques les plus impressionnantes qu’on ait vues ! (Et de quoi alimenter les théories du complot sur « l’IA qui prend le contrôle du monde »)
Et ce n’est pas la seule avancée majeure dévoilée par Google. L’entreprise a également présenté Dialogflow, un outil gratuit permettant aux professionnels de créer des interfaces conversationnelles textuelles et vocales pour leur activité. On a aussi appris que Google collaborait activement avec des contributeurs tiers et des startups pour enrichir encore davantage les fonctionnalités de Google Assistant.
Google fait de véritables vagues dans la tech, et pour cause. Mais que réserve l’avenir à l’entreprise et à ses avancées dans la recherche vocale ?
L'avenir de la recherche vocale et Google
Google dispose déjà d’une position solide sur le marché des smartphones, des enceintes connectées et des ordinateurs ou phablettes équipés d’assistance vocale. En revanche, il reste un secteur où la recherche vocale est massivement utilisée et d’où Google est encore absent : les objets connectés prêt-à-porter (wearables).
Bien que les rumeurs sur une montre connectée Google circulent depuis un moment, on peut désormais affirmer (presque) avec certitude que Google va bientôt lancer ses propres wearables. La raison ? L’annonce récente du rachat de la technologie de montres connectées de Fossil par Google pour 40 millions de dollars. Une chose est sûre : cela ne saurait tarder.
Autre verticale que Google pourrait explorer plus en profondeur : l’industrie automobile. Si Android Auto a déjà fait ses preuves, l’essor des technologies embarquées et des écosystèmes de voitures connectées va pousser Google à vouloir gagner en « auto »nomie dans ce segment, pour viser bien plus grand. En réalité, Google évoquait déjà ces ambitions dès 2014, même s’il leur aura fallu du temps pour concrétiser cette vision. Cependant, vu le rôle central de la commande vocale à bord, tout porte à croire que Google proposera très bientôt des solutions automobiles dédiées. D’ailleurs, l’un des arguments les plus convaincants reste le développement de sa filiale de véhicules autonomes, Waymo.
Google continuera sans aucun doute à s’accaparer une part toujours plus grande du gâteau de la recherche vocale, et avec ses atouts technologiques, la tâche ne sera guère difficile. À ce stade, il s’agit simplement de maintenir son rythme d’innovation ultra-compétitif. Les entreprises doivent impérativement tirer parti des opportunités offertes par Google sur le plan de la recherche vocale — surtout quand comScore prévoit que 50 % des recherches seront vocales d’ici 2020. Et comme toujours, assurez-vous de maximiser vos visites en point de vente en optimisant votre présence pour la recherche vocale.
Selon vous, quelle sera la prochaine étape pour Google ? Partagez vos impressions en commentaire ci-dessous.